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N3 R6 : Kptain par gros temps

Le compte-rendu d’Olivier R.

Toujours en tête de notre groupe mais talonnés par nos amis St-Justois, nous nous déplacions ce dimanche 2 février au Petit Pouchet, en lutte eux aussi pour la montée en N2, jouer une rencontre ô combien dangereuse pour la conservation de notre place de leader. En cas de défaite, nous pouvions nous trouver relégués d’un coup à la troisième place. Je redoutais personnellement beaucoup ce match.
Le moins que l’on puisse dire est que cette inquiétude était justifiée…

Trajet sans encombre avec le Kptain, Dragan, Paul et Nathan jusqu’à ce que Dragan nous fausse compagnie dans le métro ; Pour réduire la durée du trajet, il venait de tenter de nous convaincre que son entreprenante variante à sacrifice – de calories – impliquant la fin du parcours à pied, était gagnante.
Elle ne le fut nullement, mais pas au point de retarder le début du match. Au moins Dragan arriva-t-il déjà au taquet :)
Le papier était équilibré à souhait, tout à fait de nature à faire monter la tension palpable qui s’installait. Le ton solennel que prit l’arbitre dans le méthodique énoncé des règles et des recommandations d’usage en rajouta.

À son signal, les noirs appuyèrent sur la pendule.

Au sixième échiquier avec les blancs, j’optai pour une ouverture solide mais peu ambitieuse, surtout avec les variantes d’échange que je jouais. En réponse, mon adversaire afficha rapidement ses intentions pacifiques. Dans la position suivante, il me proposa nulle :

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Je pris le temps de chercher comment déséquilibrer ce havre de paix, mais rien de ce que je voyais n’était de nature à provoquer la moindre inquiétude pour les deux camps.
Lecteur, si tu joues en équipe, tu sais peut être par quelles affres passe le discours intérieur du joueur un peu soucieux de son équipe à ce moment là :
« Pfff, nulle en 18 coups, c’est bien la peine de venir ! Pis alors, question combativité, zéro ! Avec une ouverture pareille, autant jouer avec les noir en rendant un coup ! »
« Très cher, je vous fais remarquer que ce demi-point pourrait participer à notre victoire finale. »
« Ouais, à notre défaite aussi ! »
« Je comprends votre emportement, très cher, mais c’est à la fin de la foire que l’on compte les bouses. »

Mettant fin par cette poétique réplique à mon échauffourée intérieure, je serrais la main de mon adversaire puis nous partîmes analyser et discuter dans le hall d’entrée, sans oublier d’aller régulièrement observer l’avancée des débats restants.

Le Petit Pouchet 0 – EDL 0

Au premier échiquier, Antoine domina progressivement son adversaire. Il choisit d’opposer les roques et pris l’avantage au centre. Au 25e coup, il jouissait – selon l’ordinateur – d’un avantage sensible. Cependant, la position était compliquée et chacun des deux roques était déjà à portée d’un coup de pion adverse. De plus, Antoine avait consommé une heure de plus que son adversaire et la pression du temps commençait à se faire sentir. Il choisit d’échanger les dames et au prix d’une diminution de son avantage, obtint une position plus lisible, des pièces développées et actives, la maîtrise de la colonne d. Son adversaire déplorait le sous-développement et la passivité de ses propres pièces.

De bonnes nouvelles, pensais-je, si ce n’est qu’au trentième coup, il ne lui restait plus que 5 minutes. Sur ce zeitnot, son adversaire trouva de bons coups de défense, notamment un sacrifice de pion qui, selon le monstre de silicium, équilibrait à peu près les débats.
Antoine reprit l’avantage et après le contrôle de temps, tendit un piège par 42…Ta3…

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… dans lequel tomba son adversaire, qui joua 43.Txc7 ? Malheureusement pour les blancs, après 43…Fd6 44.Tc3 Fb4, ils doivent donner du matériel.
Ceux-ci se vengèrent donc sur le pion h6, mais…

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… après 45…e4 ! 46.Tf1 Fc5 47.g5 exf3+ ! Ils succombèrent en quelques coups sous la force du pion f.

Le Petit Pouchet 0 – EDL 1

Faisant le tour des échiquiers en cours avec mon adversaire du jour (HB), celui-ci m’expliqua que le résultat du match ne se dessinait pas encore.
« Optimisme de sa part, pensais-je en souriant intérieurement, Alain, Paul et Nathan sont très bien, Olivier B. plutôt pas mal, ainsi que Dragan. Seul Benoît défend une position nettement inférieure :) »

S’agissant du deuxième échiquier HB me dit goguenard : « Je suis sûr que votre joueur (Alain) va se faire arnaquer, JCM l’a fait je ne sais combien de fois cette saison dans des positions perdues. »

Sourire de ma part, accueillant avec une bienveillance entendue cette petite insolence envers le Prof, mais attendant tranquillement que celui-ci gagne et fasse ainsi redescendre mon interlocuteur de son enfantine prescience.
Quelques instants plus tard, je fus interrompu par la sortie d’Antoine de la salle de jeu, visiblement dépité.
« Alain vient d’abandonner. Il a gaffé et donné une tour. » !!

Je dois dire que ce coup de théâtre me médusa, dans son contenu et dans sa synchronicité.
HB était aux anges.
Si un parapsychologue était à l’œuvre dans une salle voisine, alors nous n’avions aucune chance…

La partie d’Alain ayant été, comme souvent, directement transmise aux archives de la DGSE, je n’y ai pas eu accès.

Le Petit Pouchet 1 – EDL 1

Bon, ça n’était pas la fin du monde. Dragan, Paul et Nathan étaient toujours très bien.

Nathan joua une ouverture solide avec les noirs. Son adversaire déséquilibra la position en offrant le sacrifice de deux pièces contre une tour. Des compensations comme les deux tours à venir en septième et un relatif affaiblissement de l’aile dame noire rendaient cette suite très intéressante. Cependant, à la faveur d’un petit coup intermédiaire, Nathan se sortit d’un désagréable clouage et dans cette position…

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… força l’échange des dames et, au vu de sa sentinelle en f6, laissa s’épuiser le feu de paille des tours blanches sur la septième / huitième. À la faveur de son matériel surnuméraire, il combina les menaces sur tous les fronts et gagna quelques pions. Les derniers coups précédant le contrôle de temps furent joués dans un sévère zeitnot réciproque, que Nathan sembla mieux gérer que son adversaire.

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Après 40…Ce3 (40…Fc3+ gagne plus vite selon l’ordi), les blancs devaient échanger en f6 et obliger les noirs à travailler encore un peu, mais probablement aux toutes dernières secondes de leur temps initial, oublièrent la menace principale, jouèrent 41.Tb5… et se firent mater.

Le Petit Pouchet 1 – EDL 2

Un important point supplémentaire. Cependant, et contrairement au résultat instantané sur la feuille de match, le ciel s’assombrissait. Olivier B. était toujours bien, sans plus mais Paul piétinait, Dragan perdait le fil et Benoît était perdant.
Il devenait hautement probable que nos adversaires emportent la seconde partie de la rencontre et nous eussions été heureux d’accrocher le match nul pour maintenir le suspense en tête du classement de la poule…

Voyons cela…
Olivier B. opta pour une approche classique et solide de l’ouverture. Il laissa les noirs gagner de l’espace à l’aile dame, conserva sa domination centrale et s’infiltra sur la colonne a.
Les tours s’échangèrent et la position atteint une sorte d’équilibre dynamique théorique, mais dans lequel à la faveur d’un pion passé blanc, les noirs doivent faire preuve d’une vigilance de tous les instants.
Dans cette position notamment…

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… il s’agit pour eux de soustraire leur roi par Rf7 ou f8 à une découverte par d6+.
Mais surtout pas 35…Cc7 ? à coup sûr sous l’effet d’un sévère zeitnot.
Olivier B. sauta sur l’occasion par 36.Cc4 Df8 (la prise en d5 coûte du matériel) mais après 37.Cb6 Ff5 38.d6+ Rg7…

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… seul 39.Dc6 ! gagne clairement.
Mais pourquoi pas comme Olivier B. 39.Dxf5 gxf5 40.dxc7, et dame avec deux pièces de plus ?
Parce que c’est nul après (le seul) 40…De7 !!! qui combine les menaces de prise en c7 et de perpétuel si c8=D.
Pour un ordi, oui, mais pour un joueur à qui il ne reste qu’un souffle à la pendule, cette suite est un pur saut dans le vide. L’adversaire d’Olivier B. arracha à Chronos un dernier instant de réflexion pour sa survie… et son drapeau tomba.

Le Petit Pouchet 1 – EDL 3

À ce moment du match, mon adversaire du jour prévoyait avec un optimisme tranquille que notre rencontre se terminerai par le match nul.
Pourtant, nous menions 3-1 ?! Oui, mais à mon grand désarroi, les parties restantes lui donnaient raison.

Suite à un début tranquille, Paul avait pris graduellement l’avantage en milieu de jeu, infligé un pion faible aux blancs et installé un magnifique cavalier en avant poste. Visuellement, il était vraiment mieux mais dans la position suivante :

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… il fallait trouver la meilleure suite selon l’ordinateur 39…b5, avec sur 40.axb5 le surprenant 40…Txc3 ! Et sur 40.Fxb4 Txb4 ! 41.Txc6 Tbxa4 42.Txa4 bxa4 et le pion passé a a gagné en force.

Paul opta pour le raisonnable 39…Fxc3 40.Txc3 Tb4 41.Tca3 mais précipita l’échange de son Cd3 par 41…Cb2 42.Tb1, après quoi les blancs reprirent des couleurs, notamment grâce à la plus grande activité de leur roi. Par 48.d5, ils provoquèrent la liquidation de l’aile dame et gagnèrent un pion. En quelques instants l’avantage changea de camp et pour Paul il ne s’agissait plus que de tenir la nulle avec un pion de moins.
Fort heureusement pour nous, les blancs ne pouvaient espérer mieux et dans la position suivante :

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… la paix fut conclue.

Le Petit Pouchet 1 – EDL 3

Restaient les deux parties de Dragan et de Benoît, qui à ce moment étaient clairement perdantes toutes les deux. Nous nous dirigions donc vers ce match nul qui nous satisfaisait moyennement.

Dragan avait joué avec les noirs un début aussi entreprenant que sa variante d’itinéraire dans le métro mais cette fois, son énergie avait payé après les roques opposés, il prit très rapidement l’avantage d’espace et au centre. Cependant, le caractère fermé de la position, où seule la grande diagonale noire était réellement ouverte rendait l’avantage particulièrement difficile à faire valoir et en tout cas très volatil.
À tel point que dans cette position après le logique 24…Ced3 des noirs…

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… et 25.Fxd3, le logique 25…Cxd3 de Dragan fit déjà passer l’avantage dans le camp blanc.
Il fallait reprendre par le pion pour conserver la supériorité.
Bien difficile, en tout cas pour moi, de percevoir la bonne alchimie entre l’importance des cases fortes respectives des deux cavaliers et la faiblesse potentielle des pions c7 et a5, mais aussi b5 et d5 pour poser une évaluation correcte de cette position. Une chose apparaissait cependant, c’est qu’un cavalier bien placé valait bien une tour adverse.
C’est pourquoi les blancs offrirent un sacrifice de qualité en b3 et après la reprise des noirs en b3…

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…ils prirent le dessus.

Sur le zeitnot des noirs qui venait davantage compliquer leur affaire, les blancs jouèrent 40.Cc6 !

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qui gagne au minimum le pion c7 avec avantage décisif. Après le 40…Tb7 de Dragan, 41.Da4 suivi de 42.Da6 mit fin à la résistance des noirs en quelques coups.

Le Petit Pouchet 2 – EDL 3

Cette fois, compte tenu de la position perdante de Benoît avec une pièce de moins, la nulle était assurée pour les parisiens.

Opérons un retour en arrière de quelques heures…
Benoît pris l’ascendant dès les premiers coups d’un début très positionnel où chacun déplorait un pion central faible. Le Kptain avait fort bien jugé que sa paire de fous et la relative insécurité du roi adverse lui donnait le meilleur.
Cependant, après 21.Fxa7…

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… 21….b6, il fallait pour justifier la prise en a7 oser 22.Dxd5 cxd5 23.Txc7 Txc7 24.Fxb6, même si de loin on ne voit pas bien si les pions liés a et b vaudront plus d’une qualité. Selon l’ordi, il semble que oui dans toutes les variantes…

Benoît joua 22.Fg2 et après 22…Ce7 ! dût donner son fou noir pour un autre pion.
Commença pour lui une longue et déprimante séquence où son seul objectif était de tenir, de retarder la défaite le plus longtemps possible et espérer un miracle pour annuler.
C’est toute cette phase que nous observions depuis des heures en nous faufilant autour des tables, mon adversaire du jour avec satisfaction, moi avec tristesse.

Après 52…g5 fut atteinte la position suivante :

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Anticipant l’inévitable issue de la partie, qui scellait donc le partage du point global du match, la plupart des joueurs prirent congé. Tout cela allait finir dans 15 ou 20 coups, pensais-je.

Et j’avais raison.

Entre temps, le Kptain s’était placé en mode gros temps ;
Sourcils froncés, il avait enfilé son ciré jaune intégral grosse tempête, serré sa capuche et déballé son sextant des grands larges sur la table.
Il était perdu mais bien décidé à vendre chèrement sa peau, pour sa chère équipe.
Il entrait dans la zone de survie,
Là où l’instinct, les tripes et les embruns qui fouettent le visage viennent propulser la réflexion.
Là où les évaluations de l’ordi ne comptent plus, où l’on joue l’homme autant que la position.
Là où perd la peur et où l’emporte l’audace.

Il para la menace vitale à base de 53…Cf4 et réseau de mat à suivre, par 53.h4 gxh4+ 54.Rg2.
Une salve de coups plus tard fut atteinte la position suivante :

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Si le dernier pion noir tombait, la position deviendrait nulle. Inenvisageable pour les noirs.

D’instinct, plongeant son regard dans les yeux apeurés de son adversaire, le Kptain asséna le fantastique coup de poker 61.Th6+ ??!!!! qui fit tomber les noirs à la mer.
On comprend pourquoi de manière générale, les noirs ne voulaient pas échanger les pions g5 et h7… mais dans cette situation précise c’était la seule suite qui gagnait tactiquement 61…Rxg5 !! 62.Txh7 ? Cf1+ 63.Rh3 Th2 mat !!
Même sur 62.Th1 Tg2+ 63.Rh3 Rf4 les noirs gagnent le pion f3 et la partie, quelques coups plus tard.

Les noirs, probablement effrayés par la tourmente et par la pendule qui égrenait ses toutes dernières minutes, se replièrent par 61…Rg7 en abdiquant toute prétention à la victoire et après quelques coups,

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le Kptain reposa son sextant, ôta son ciré, détendit ses sourcils et administra un perpétuel par Ta7+ et Ta8+. La tempête était terminée, le ciel se dégageait définitivement.

Le Petit Pouchet 2 – EDL 3

Son improbable résistance venait de conserver la victoire finale de l’équipe et ce point de match supplémentaire si important, quoi qu’il arrive dans les trois dernière rondes qui nous attendent.
Chapeau Kptain ! :)

4 commentaires.

  1. Merci Olivier pour ce compte-rendu haletant. On s’y croirait.

    C’est aussi pour de telles émotions que j’apprécie les matches par équipe.

    Et en jouant 61.Th6+ ??!!!! (sic) je n’avais bien sûr pas vu le mat, ce même mat qui m’avait aussi échappé lors du match contre Levallois.

  2. Merci Benoît :)
    Peut-être que tu n’avais pas vu le mat, mais les noirs non plus !En l’occurrence, ta vista fut supérieure à celle de ton adversaire sur ce coup là, et c’est ce qui compte !
    😉

  3. On peut même dire que ne pas voir le mat fut ta chance ! Quel match épique !

  4. J’ai vécu la rencontre comme si j’y étais – il me faut maintenant un peu de temps pour me remettre de mes émotions .

    Une citation de Tartakover me vient à l’esprit :” on a jamais gagné une partie en abandonnant” qui pourrait se transposer dans la partie de Benoit par “avant d’abandonner, on a toujours une chance de ne pas perdre”

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